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17.02.2012 : Interview d'Hervé Morin - Le Figaro Magazine

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Figaro Magazine– Vous avez annoncé votre candidature à l’élection présidentielle en novembre. Les sondages vous créditent, au mieux, de 1 % des intentions de vote. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Hervé Morin–
J’ai décidé d’arrêter. Je renonce à ma candidature. Ma détermination ne doit pas tourner à l’obstination. Il faut être lucide, la campagne se déroule dan... s un climat très particulier, lié à la crise économique. Les Français sont inquiets et, logiquement, se tournent vers des candidatures habituelles et finalement rassurantes, issues des grandes formations politiques.

En dehors de ce climat particulier, qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter ?


Dans ce contexte de crise, les Français n’ont pas eu forcément envie d’aller vers une candidature portée par un homme neuf issu d’un parti jeune qui n’existe que depuis quatre ans et qui n’est pas suffisamment reconnu aujourd’hui. Mais il y a aussi, disons le, l’inégalité scandaleuse de traitement médiatique des candidats.

Que voulez-vous dire ?


Regardez le total des temps de parole depuis le début de l’année ! François Hollande: 61 heures; François Bayrou: 22 heures; Hervé Morin: 4 heures. Et ces chiffres ne prennent pas en compte la différence entre un passage au JT de 20 heures et sur une chaîne d’information continue tard le soir. A l’inverse d’autres candidats, j’ai refusé le populisme et la démagogie. Pour certains, c’est un registre habituel, Marine Le Pen ou Jean Luc Mélenchon, mais aujourd’hui, même François Bayrou est allé sur ce terrain. Pour ma part, je continuerai à affirmer que la France est capable de relever les défis de ce monde nouveau si elle accepte des idées nouvelles qui font appel au courage des Français.

Aviez-vous les 500 signatures ?

Non, je n’en étais qu’à 280 ! Rendez-vous compte, un parti représenté au Parlement avec deux groupes d’élus, à l’Assemblée nationale et au Sénat, ne peut pas présenter un candidat à l’élection présidentielle ! Par le parrainage, je dis aux maires qu’ils ont une responsabilité : celle de permettre l’exercice de la démocratie en France, et un devoir: garantir le pluralisme et offrir un choix large aux Français. Nicolas Sarkozy propose d’ouvrir la signature à des citoyens. Quelle que soit la solution, notre candidat doit porter une modification en profondeur du système.

Vous êtes favorable à l’anonymat des parrainages ?

Non, je suis contre l’anonymat, car c’est contraire à l’idée de transparence et de responsabilité.

Qui allez-vous soutenir ?


Nicolas Sarkozy. Quand j’étais candidat, j’indiquais qu’au second tour de l’élection présidentielle, je le soutiendrais. Je suis donc cohérent. Cela a peut être été une des raisons pour lesquelles je n’ai pas été entendu dans cette campagne par cette partie de l’électorat de droite et du centre qui, pour l’instant, rechigne à voter pour Nicolas Sarkozy. Mais je ne regrette pas mon choix. Surtout quand je vois que, d’un côté, François Hollande puise dans les vieilles recettes de la gauche, celles de la dépense et des emplois publics, des impôts ou des usines à gaz comme son fameux contrat de génération qui ne marchera pas, et de l’autre côté, François Bayrou, dont le seul projet est le «moi je», et dont la ligne politique l’amène dans une impasse. Entre le projet économique de François Hollande qu’il fustige et le projet politique de Nicolas Sarkozy qu’il condamne, je suis curieux de connaître sa position au soir du premier tour.

Qu’attendez-vous de Nicolas Sarkozy ?

Qu’il entende le message des Français attachés à la justice, au dialogue social et à l’ouverture au monde, et qu’il s’oppose aux stigmatisations qui blessent inutilement. Evitons les débats idiots comme celui sur les différences entre les civilisations. Croyez-vous que les Français attendent cela aujourd’hui ? J’attends ensuite de Nicolas Sarkozy qu’il tire les conséquences des erreurs de ce quinquennat.

Lesquelles ?


La concentration naturelle des pouvoirs sous la Ve République cumulée à la domination sans partage d’un seul parti n’est pas le meilleur moyen d’aboutir à la réforme la plus juste. Ouvrir le gouvernement à quelques personnalités ne suffit pas. Il faut une majorité équilibrée sur ses deux pieds. Il faut des formations politiques non assujetties politiquement, qui construisent une majorité. C’est pourquoi je demande une part de proportionnelle aux élections législatives. Depuis 2007, le Nouveau Centre a défendu, bien avant la crise, le plafonnement des niches fiscales pour réduire les dépenses et redresser les comptes publics. Nous étions le porte drapeau de la règle d’or quand le chef de l’Etat ne voulait pas en entendre parler. Même chose pour la TVA emploi : il a fallu attendre le 31 décembre pour qu’il change d’avis. Enfin, depuis le début, nous avons expliqué que le bouclier fiscal était une mauvaise solution. Il appartiendra d’ailleurs à la majorité de démontrer plus de justice et d’équité fiscale dans les politiques à venir. Tous ces exemples montrent que nous avons besoin d’une démocratie équilibrée.

Et que souhaitez-vous qu’il reprenne de votre programme ?

Il faut, à mon sens, plus de sobriété dans l’exercice du pouvoir : dans le comportement et dans la dépense. Le train de vie de l’Etat doit être réduit comme symbole d’un effort partagé. Ensuite, il faut faire pour l’école ce qu’on a réussi à faire pour les universités. Il est indispensable de construire un nouveau contrat entre l’école et la nation. Au lendemain de la présidentielle, il faudra un Grenelle de l’école pour aller vers l’autonomie des établissements scolaires. Il est nécessaire d’avoir une politique économique et fiscale tournée vers l’entreprise. Sans passer par la création de structure publique supplémentaire, mais par des mécanismes puissants permettant aux entreprises de se doter de fonds propres. Enfin, il faut avoir le courage de dire qu’on ne travaille plus assez en France. Il faut redonner de la fluidité au marché du travail. La rigidité a conduit à la précarité : 80% des embauches se font en CDD de moins d’un mois. Enfin, les Français n’en peuvent plus de l’instabilité juridique et fiscale qui leur complique la vie et qui les empêche de pouvoir porter un projet ou d’investir avec un minimum de sécurité. Il faut s’engager à ce qu’une règle modifiée durant le quinquennat ne le soit plus jusqu’à la fin de la législature.

Nicolas Sarkozy propose un référendum sur l’indemnisation du chômage…

Selon moi, il appartient d’abord au gouvernement et aux partenaires sociaux d’engager une réforme législative courageuse de l’assurance chômage et, au delà, de notre système de formation pour donner de véritables perspectives aux demandeurs d’emploi.
Le référendum ne doit être qu’une voie de recours.

Quelles garanties avez-vous obtenues ?

Je n’ai rien demandé pour moi. La seule chose que je demande, c’est que le Président tienne compte dans sa campagne des valeurs que nous portons pour que l’électorat modéré et ouvert que nous représentons puisse se reconnaître. Notre humanisme, nous le porterons, comme je défendrai encore que la diversité de la société française est une chance.

Quand vous vous êtes engagé dans cette campagne, vous vous attendiez à ce que ce soit si difficile ?

Je ne regrette pas un seul instant d’avoir porté mes convictions. Je suis sorti du gouvernement volontairement. Je n’ai aucune nostalgie de cette période, même si j’ai été heureux de montrer qu’on pouvait réformer l’Etat en profondeur. D’ailleurs, je constate que les socialistes ne reviennent pas sur la réforme du ministère de la Défense que j’ai miseenoeuvre. Dans cette campagne, j’ai pris tous les risques. Je suis monté au front en dépit des coups bas d’un certain nombre.

C’est le plus difficile à vivre, les coups bas de la part de ses amis politiques ?

Cela fait partie du chemin initiatique de tout candidat. J’ai vécu lacampagne de 2002 quand l’UDF est devenue déserte. Je me souviens de l’isolement absolu de Chirac en 1995 avant qu’il ne gagne. Du combat mené en 2007 par André Santini et Gilles de Robien contre François Bayrou ! Dans cette campagne, j’avais le soutien de l’immense majorité des militants et des cadres du NouveauCentre, et j’avais une équipe de parlementaires extrêmement solide. Cela m’a permis de jauger de la solidité de mes amis, et sur qui je pourrai compter à l’avenir.

Le congrès du Nouveau Centre est maintenu. Souhaitez-vous en conserver la présidence ?

Ce n’est pas le sujet de ce congrès extraordinaire qui porte sur la stratégie du Nouveau Centre pour l’élection présidentielle, et au cours duquel je déposerai une motion.

Le regroupement des centres est-il toujours d’actualité ?


En 2007, j’ai sauvé une UDF en miettes, abandonnée par François Bayrou. J’ai reconstruit un parti, le Nouveau Centre, qui commence à être reconnu par les Français. J’ai participé à l’effort de rassemblement des centres avec Jean Louis Borloo. Cette œuvre là doit continuer après les législatives. Mais elle ne sera pas la même en fonction des résultats du 6 mai.

Il faudra un candidat centriste en 2017 ?

Il faudra qu’il y ait une expression centriste indépendante, non ambiguë au moment de la présidentielle de 2017. Un jour, la majorité politique du pays rejoindra bien la majorité sociologique.

Ce sera vous ?

Chaque chose en son temps ! Derrière chaque homme politique, il y a aussi un homme. Laissez-moi digérer.



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